Chapitre 04

Le Triangle des Bermudes

Roman dystopique • Publié le 22 septembre 2025 • 1456 mots, 7 minutes de lecture
"Arthur emmène Oscar dans son refuge secret sur les toits, loin de la surveillance d'AVABase. Oscar révèle ses capacités de mentaliste, mais l'intensité des pensées d'Arthur le fait s'effondrer..."

Arthur se leva d'un bond, un regard vif vers la sortie.

Arthur: Suis-moi. On a trente minutes avant qu'ils nous repèrent.

D'un geste précis, il pressa un bouton sur sa montre, lançant un chronomètre. Un léger clic confirma le départ du compte à rebours.

Arthur: Mieux vaut prévenir que guérir.

Il guida Oscar hors du réfectoire, slalomant entre les officiers. Ils regardent ailleurs. Changement d'équipe. Je connais leurs angles morts.

Ils s'enfoncèrent dans les conduits. L'air s'épaississait, humidité poisseuse. Arthur força une grille rouillée.

Les toits du niveau. Mon sanctuaire.

L'espace les forçait à se frôler. Souffles mêlés. En contrebas, des cuves géantes comme des œufs verts luisaient dans la brume. Formes hybrides flottant. Machines exhalant leurs vapeurs.

Oscar: Où tu m'emmènes ?

La voix d'Oscar tremblait. Il a peur. Ou peut-être est-ce l'altitude.

Arthur esquissa un sourire.

Arthur: Là où AVABase devient sourde et aveugle. Mon triangle des Bermudes personnel. On doit parler de demain. L'Épreuve de Submersion. Cinq minutes sous l'eau. Tu tiendras ?

Il jeta un regard à son poignet. La pastille, translucide.

Oscar fronça les sourcils.

Oscar: Cinq minutes… Je ne sais pas.
Arthur: Tu trembles déjà.

Il ne tiendra jamais. Pourquoi Katherine l'a mis avec moi ?

Arthur: Elle t'a expliqué pour mon implant ?
Oscar: Une taupe à émotions, c'est ça ?

Il lança Oscar, un sourire en coin.

Arthur partit d'un rire franc, un son clair qui surprit Oscar, comme un écho rare dans cet air trop lisse.

Arthur: Une taupe ! J'aime l'idée. Ce truc me piste – vert pour obéir, orange pour flipper, rouge pour la fin. Mais là… rien. Juste le vide.

La voix d'Arthur vibrait, chargée d'une énergie brute, presque sauvage. Oscar détourna le regard une seconde.

Les deux garçons se tenaient côte à côte, regards rivés au loin. Les lueurs vertes et bleues du complexe en contrebas dansaient sur leurs visages, éclats froids ricochant sur la peau d'Oscar, crispée d'excitation, et sur celle d'Arthur, immobile, habituée. Un instant, leurs traits semblaient fondus dans la même pulsation lumineuse, ombres et reflets mêlés.
La ville-complexe s'étalait sous eux, constellation de lumières vertes trouant la brume. Un oiseau mécanique glissa au loin, silhouette fugitive – surveillance ou liberté, impossible à dire. Le vent artificiel charriait des relents de métal et d'ozone.
Arthur: Et toi, d'où viens-tu ? Tu caches quelque chose. Tu as forcément un plan pour l'épreuve.

Oscar hésita.

Oscar: Du niveau 20. Je suis mentaliste.

Un mentaliste !

Arthur se figea. Les mots restèrent suspendus entre eux, plus lourds que la brume.

Arthur: Le 20 ? J'ai entendu qu'un gars là-bas avait fait saigner un agent rien qu'en le regardant ! C'est vrai ? Ça peut t'aider pour l'épreuve ?

L'excitation déborda. Pensées en cascade – peur du rouge, rage contenue, espoir soudain, Oscar qui pourrait être la solution, Katherine qui savait, le test de demain, la liberté peut-être…

Oscar pâlit. Ses yeux se révulsèrent légèrement.

Qu'est-ce qui lui arrive ?

Arthur: Oscar ?

Le garçon vacilla. Arthur vit ses pupilles se dilater, sa respiration s'accélérer.

Un bip. Trente minutes. Merde.

Oscar s'effondra. Arthur tendit les bras, le rattrapa de justesse. Il est léger. Trop léger.

Arthur: Je t'ai cassé, c'est ça ? Mes pensées… tu les entends ?

Pas de réponse. Arthur le souleva, surprise de la facilité. Comme porter un oiseau.

Il redescendit par les conduits, Oscar contre sa poitrine. Son cœur bat trop vite. Respiration superficielle. Je l'ai grillé avec mon chaos mental.

Les couloirs. L'infirmerie. Arthur déposa Oscar sur un lit.

Katherine apparut, rapide, efficace. Elle installa une perfusion sans un mot, mais Arthur vit ses mains trembler légèrement.

Elle s'inquiète. Elle tient à lui. Pourquoi ?

Katherine croisa enfin son regard. Dans ses yeux, pas de reproche. Juste une lueur étrange. De l'espoir ?

Katherine: Il ira bien. Son cerveau apprend à filtrer. La prochaine fois sera plus facile.

La prochaine fois ?

Arthur regarda Oscar, inconscient. Qu'est-ce que tu es vraiment ? Qu'est-ce que Katherine attend de nous deux ?

Dans le silence de l'infirmerie, une pensée s'imposa : Je ne l'ai pas cassé. Je l'ai habité.