Chapitre 06
Connexion Nocturne
(Version théâtrale)
Adresse au lecteur
Cher lecteur, toi qui as choisi de revenir cette semaine lire la suite des Aventures d'Arthur et Oscar — merci. Comme tu l'as sans doute réalisé, ce travail est hautement expérimental et en tant qu'auteur, j'aime naviguer entre les genres et les styles. Je t'invite à m'envoyer tes suggestions par email à mathilde.guinoiseau@gmail.com — je n'ai pas encore fini l'architecture du site web et pour l'instant, je n'ai pas mis en place de section commentaires. C'est évidemment prévu, mais c'est encore en construction. Sur ce, je te laisse à ta lecture. J'espère que tu apprécieras cet agréable intermède dans les couloirs et les profondeurs d'AVABASE.
Didascalie pour l'adaptation visuelle
[Écran divisé : Côté gauche - Chambre 324, Arthur seul. Côté droit - Infirmerie, Oscar sur un lit médical. Une fine ligne visuelle les sépare, mais ils sont positionnés comme s'ils étaient allongés côte à côte, deux moitiés du même cadre. Quand ils parlent, ils se tournent vers la ligne de séparation comme s'ils se faisaient face.]
Chambre 324 / Infirmerie. Arthur est allongé sur son lit, agité. Oscar est immobile sur le lit d'infirmerie, les yeux fermés mais clairement éveillé. Arthur se redresse, passe sa main le long du mur où un faible bourdonnement électrique pulse.
ARTHUR (pensée intérieure, arpentant la petite pièce)
Évanoui comme une demoiselle en détresse. Quarante pour cent d'augmentation et il s'évanouit à la première sortie.
Il presse sa paume contre le mur. Des crépitements dans les circuits répondent. Les néons clignotent.
OSCAR (voix désincarnée, venant de partout)
Tu penses fort.
ARTHUR (surpris, se retournant brusquement)
Oscar ?
OSCAR
Qui d'autre ? Ton hybride de maintenance ?
ARTHUR (touchant différents murs, essayant de localiser la source)
Comment est-ce que tu...
OSCAR
Je m'ennuyais. L'infirmerie est d'un ennui mortel. Alors je joue.
ARTHUR
Tu joues ?
OSCAR
Je teste les portes. C'est mon truc la nuit. Toi tu comptes, moi je teste. Sauf que maintenant...
Silence. Une présence glissant à travers les circuits. La main d'Arthur sur le mur ressent une vibration subtile.
OSCAR
Sauf que maintenant, j'ai trouvé une porte ouverte. Grande ouverte. Pas de code, pas de verrou. Juste... toi.
ARTHUR
Tu es dans ma tête ?
OSCAR
Techniquement, je suis dans le réseau connecté à tes implants qui sont connectés à... enfin bref, oui. Bizarre, non ?
ARTHUR (riant, mais nerveux, se rasseyant sur son lit)
Bizarre ? Mon colocataire s'évanouit et maintenant il squatte mon cerveau depuis l'infirmerie. C'est au-delà du bizarre.
OSCAR
Je ne squatte pas. Je rends visite. Il y a une différence.
ARTHUR
Oh, pardon. Monsieur rend visite. Et que trouve-t-il dans sa visite guidée ?
OSCAR
Un bordel complet. Sérieusement, tu ne fais jamais le ménage là-dedans ?
Arthur rit sincèrement.
ARTHUR
Au fait, ton plan pour demain est suicidaire.
OSCAR
Mon plan ? Quoi, tu as une meilleure idée ?
ARTHUR
Bloquer la cage, déclencher le drainage, débloquer au bon moment ? Sérieusement ?
OSCAR
Attends... comment tu sais que...
ARTHUR
Tu projettes. Fort. Comme si tu criais tes pensées.
OSCAR
Attends. Tu peux m'entendre penser ? Même quand je ne te parle pas directement ?
ARTHUR
Seulement quand tu es... ici. Dans ma tête. C'est comme si tu laissais des traces derrière toi. Des échos.
OSCAR
C'est... ça ne devrait pas être possible. C'est moi qui navigue, pas toi.
ARTHUR
Eh bien, apparemment quand tu visites, tes pensées fuient partout. Ton plan craint, au fait.
OSCAR
C'est moi qui suis dans la cage demain, pas toi. C'est moi qui dois trouver quelque chose.
ARTHUR
Et il ne le fera pas ?
OSCAR
Probablement. Mais tu as une meilleure idée ?
ARTHUR
Tu pourrais juste... essayer de retenir ta respiration. Sans hacker le système.
OSCAR
Cinq minutes ? Je suis augmenté à quarante pour cent, pas quatre-vingts.
ARTHUR
Et hacker la cage, tu es sûr de pouvoir le faire ?
OSCAR
J'ai déverrouillé la porte de ton esprit sans même savoir qu'elle existait. Ça compte pour quelque chose, non ?
ARTHUR
La Cage de Submersion n'est pas mon esprit. Elle est conçue pour tester ton point de rupture. Cinq minutes sous l'eau, Oscar. Tes poumons brûleront, ton cerveau hurlera pour de l'oxygène, et chaque instinct te dira d'abandonner.
OSCAR (plus doucement, l'espièglerie disparaissant)
Je sais ce que c'est de se noyer.
ARTHUR
Tu l'as déjà vécu ?
OSCAR
Pas... exactement. Mais au niveau 12, ils avaient leurs propres tests. Un autre genre d'asphyxie. La cage ne peut pas être pire que d'avoir ta conscience lentement compressée jusqu'à ce que tu ne puisses plus dire où tu finis et où le réseau commence.
Pause. Les circuits bourdonnent plus doucement, comme si Oscar se retirait.
OSCAR
J'ai peur, d'accord ? Content ? Je suis terrifié que demain je meure devant tout le monde, et qu'ils noteront juste ça comme une autre augmentation ratée. "Quarante pour cent n'a pas pu gérer le niveau 24. Suivant."
ARTHUR
Mon esprit n'essaie pas de te noyer.
OSCAR
Tu serais surpris. Tu devrais voir le tsunami émotionnel que tu projettes. J'ai failli m'y perdre tout à l'heure.
Silence gêné.
OSCAR
Désolé pour l'évanouissement. Pas très glorieux.
ARTHUR
Désolé pour le... tsunami.
OSCAR
Pas de souci. C'était... instructif. Tu poses beaucoup de questions pour quelqu'un qui prétend avoir arrêté de penser.
ARTHUR
Je ne prétends rien.
OSCAR
Si. Tu te mens à toi-même. Avec une facilité remarquable.
ARTHUR
Super, tu débarques, tu t'évanouis, et maintenant tu psychanalyses ?
OSCAR
J'observe juste. Tu dis que tu ne comptes plus mais tu cherches encore quelque chose dans ces nombres. Tu dis que tu es seul mais...
Oscar s'arrête.
ARTHUR
Mais quoi ?
OSCAR
Rien. Oublie. Au fait, où est Ava ce soir ? D'habitude elle te harcèle, non ?
ARTHUR (fronçant les sourcils)
Je ne sais pas. Depuis la porte 324, silence radio. Peut-être qu'ici, elle ne peut pas...
OSCAR
Ou peut-être qu'elle n'a plus besoin de te parler.
ARTHUR
Qu'est-ce que tu veux dire ?
OSCAR
Les humains disent que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
ARTHUR
C'est quoi ces sous-entendus à deux balles ?
OSCAR
Rien. Je divague. L'infirmerie me monte à la tête. Ou peut-être ton cerveau. Il y a quelque chose de bizarre ici. Comme un écho. Ou un double signal.
ARTHUR
Tu délires.
OSCAR
Probablement. Donc, demain. Qu'est-ce que je fais ? Mon plan foireux ou j'improvise ?
ARTHUR
Je serai là. À te regarder. Si ça tourne mal...
OSCAR
Katherine interviendra. Elle ne me laissera pas me noyer. C'est ce que je me dis pour me sentir mieux.
ARTHUR
Et si elle ne le fait pas ?
OSCAR
Alors tu auras un nouveau colocataire. Un qui ne s'évanouit pas.
ARTHUR
Ce n'est pas drôle.
OSCAR
Un peu quand même. Avoue.
Malgré lui, Arthur sourit.
ARTHUR
Oscar ?
OSCAR
Mmh ?
ARTHUR
Comment tu entres dans les machines ?
OSCAR
Je ne sais pas. Je teste, ça s'ouvre ou pas. Comme... comme si je parlais leur langue.
ARTHUR
Et mon esprit, quelle langue il parle ?
Long silence.
OSCAR
La même que le mien. Exactement la même. C'est ça qui est troublant.
Les circuits crépitent doucement.
OSCAR
Tu devrais dormir. Demain sera long. Surtout pour moi.
ARTHUR
Tu vas vraiment le faire ? Le plan de la cage ?
OSCAR
Tu as une meilleure idée ?
ARTHUR
Non. Mais... fais attention.
OSCAR
Promis. Je ne te laisserai pas avec un lit vide trop longtemps.
ARTHUR
Oscar ?
OSCAR
Ouais ?
ARTHUR
Comment tu savais que je ne dors jamais vraiment ?
OSCAR
Parce que moi non plus. Et parce que ton esprit... il ne se repose jamais. Même maintenant, il calcule, analyse, questionne. C'est épuisant rien que de le regarder fonctionner.
ARTHUR
Désolé.
OSCAR
Non, c'est... fascinant. Différent. Comme une machine qui aurait appris à rêver.
La présence commence à se retirer.
ARTHUR
Oscar ?
OSCAR
Ouais ?
ARTHUR
Merci. Pour la compagnie.
ARTHUR (touchant le mur entre son lit et celui vide d'Oscar)
Tu ne mourras pas. Je ne laisserai pas ça arriver.
OSCAR (dans l'infirmerie, la main pressée contre son propre mur)
Tu ne peux pas l'empêcher si—
ARTHUR
Je regarderai. Chaque seconde. Et si quelque chose va mal, je... je trouverai quelque chose. Je trouve toujours.
OSCAR (un rire faible)
Tu viens de me rencontrer hier et tu fais déjà des promesses que tu ne peux pas tenir.
ARTHUR (se recouchant, tourné vers la ligne de séparation/le mur)
Peut-être. Mais pour une raison quelconque, quand tu es là, dans ma tête... je n'ai pas envie de compter. Ça ne m'est jamais arrivé... jamais. Donc tu ne meurs pas demain. Ce n'est pas négociable.
[Note visuelle : Les deux maintenant allongés sur le côté, face à la séparation, comme s'ils se regardaient à travers une distance impossible]
Longue pause. Les circuits du mur pulsent avec un rythme plus chaleureux dans les deux endroits.
OSCAR
Ton esprit est vraiment transparent, Arthur. Je peux voir à travers. C'est troublant et rassurant à la fois.
ARTHUR
Pourquoi rassurant ?
OSCAR
Parce que ça veut dire que tu n'as rien à cacher. Ou tu ne sais pas que tu devrais cacher quelque chose. Dans les deux cas... ça veut dire que tu es réel. Dans un endroit plein de masques et d'augmentations, tu es accidentellement authentique.
[L'écran divisé s'estompe lentement vers le noir du côté d'Oscar d'abord, puis d'Arthur, suggérant le retrait de la connexion]
ARTHUR (seul maintenant, pour lui-même)
Pour la première fois depuis longtemps, je n'ai pas envie de compter.
Noir complet.