Adaptation théâtrale

Le Triangle des Bermudes

Une scène entre Arthur et Oscar - Format théâtral

ACTE II, Scène 3

Lieu : Les toits du complexe AVABase, niveau 24
Un espace industriel exposé, enchevêtrement de conduites et de grilles rouillées.
En contrebas, les cuves de culture luisent d'un vert maladif dans la brume.
Vent artificiel intermittent.
Temps : Crépuscule artificiel. Lumière froide.
Personnages :
• ARTHUR : 18 ans, hybride à 70%, nerveux et méfiant
• OSCAR : 17 ans, augmenté à 40%, mentaliste, calme apparent
Arthur émerge de la trappe, tirant Oscar derrière lui. Il active fébrilement son chronomètre.
ARTHUR (Essoufflé, tendu)
Vingt-huit minutes. Pas une de plus ou on est grillés.
OSCAR (Se redressant, désorienté)
Arthur, qu'est-ce que tu—
ARTHUR (L'interrompant, presque agressif)
Tais-toi. Écoute. Tu l'entends plus, hein ? AVABase. Elle peut pas nous suivre ici. (Il montre son poignet avec une fierté amère) Regarde. Transparente. Mon Triangle des Bermudes personnel.
OSCAR (Reculant d'un pas, méfiant)
Comment tu as trouvé cet endroit ?
ARTHUR (Ignorant la question, s'approchant trop près)
Demain. L'Épreuve de Submersion. Tu sais ce que c'est ? Une cage. Sous l'eau. Cinq minutes. Sans rien.
OSCAR
Cinq minutes ? Mais c'est—
ARTHUR (Le coupant, presque brutal)
Impossible ? Non. C'est un test. Pas de toi - de nous. Qui bougera pour te sauver ? Katherine ? Moi ? (Rire amer) Alexandreï veut voir qui se compromettra.
OSCAR (Se raidissant, voix plus froide)
Et toi ? Tu ferais quoi si je me noyais ?
Un silence tendu. Ils se jaugent.
ARTHUR (Détournant le regard)
Je sais pas. Je te connais pas.
OSCAR
Alors pourquoi tu m'as amené ici ?
ARTHUR (Explosion soudaine)
Parce que Katherine t'a mis avec moi ! Parce qu'elle croit que tu peux— je sais pas quoi ! M'aider ? Me surveiller ? (Il frappe du poing contre une conduite) J'ai pas demandé un colocataire ! Surtout pas un gamin à quarante pour cent qui va crever demain !
OSCAR (Calmement, ce qui énerve Arthur davantage)
Je ne suis pas un gamin. Et je ne vais pas crever.
ARTHUR (Sarcastique)
Ah oui ? Tu vas faire quoi ? Méditer sous l'eau ?
OSCAR (S'approchant, baissant la voix)
Les machines dans les cuves. Je les entends d'ici. Les systèmes de verrouillage, les capteurs de pression... (Pause calculée) Je peux leur parler. Je peux leur suggérer des choses.
Arthur se fige.
ARTHUR
Tu peux... quoi ?
OSCAR
Ouvrir des valves. Créer des fuites. Tromper les capteurs. (Il observe la réaction d'Arthur) Mais j'ai besoin de savoir si je peux te faire confiance. Mes habiletés doivent rester secrètes.
ARTHUR (Reculant, méfiant)
Me faire confiance ? Tu me connais depuis quoi, six heures ?
OSCAR (Direct)
Et toi tu m'as emmené dans ton refuge secret après six heures. Pourquoi ?
Long silence. Le vent souffle. Arthur compte silencieusement sur ses doigts.
ARTHUR (Voix plus basse, vulnérable)
Huit mille six cent douze. Treize. Quatorze. (Il regarde Oscar) Tu entends ça ? Mon compte. C'est tout ce qui me reste de... moi.
OSCAR (Doucement)
Je l'entends. Ta vraie voix, sous le bruit d'AVABase.
ARTHUR (Troublé, presque en colère)
Arrête, n'importe quoi... Tu peux pas—
OSCAR
Voilà tu l'as ta raison. Pourquoi je suis là… Pourquoi Katherine nous a mis ensemble. C'est pas pour que tu me protèges. C'est pour qu'on se protège mutuellement.
Arthur le fixe, partagé entre espoir et terreur.
ARTHUR
Ce soir. Dans la chambre. On s'entraîne. Je te mets sous pression, tu gardes le contact avec les machines. (Pause) Et demain... je ne plongerai pas. Je ne peux pas. Je risque le reconditionnement.
Mais je ne te laisserai pas tomber.
OSCAR (Tendant la main)
Marché conclu ?
Arthur hésite longuement, puis serre brièvement la main d'Oscar. Contact électrique, tous deux reculent légèrement.
ARTHUR (Consultant nerveusement son chronomètre)
Sept minutes. On redescend. Maintenant.
OSCAR (Alors qu'ils se dirigent vers la trappe)
Attends…
ARTHUR (Sans se retourner)
On n'a plus le temps Oscar.
Le bruit sourd d'un corps qui s'écroule.
Arthur entend un bruit derrière lui, quand il se retourne, il voit Oscar gisant sur le sol, inconscient.
NOIR

FIN DE LA SCÈNE