Tome I · L'Éveil
Chapitre III

La journée d'adaptation

2025 - AVABase, Niveau 24 - Début de l'ère Synergie

Partie 1 : L'androïde et l'initiation

Les pas de la ronde matinale s'évanouirent dans le couloir, remplacés par un cliquetis mécanique, régulier comme un métronome. Arthur et Oscar échangèrent un regard, l'air chargé d'électricité. La porte de la chambre 324 coulissa, révélant un androïde de service T-7, ses yeux verts luminescents perçant la pénombre. Sa posture rigide contrastait avec la fatigue qui voûtait les épaules d'Arthur, grand et massif, ses 70 % d'augmentation pesant comme une armure invisible.

« Agents H-24-A et O-24-A. Première journée d'intégration, niveau 24. Je suis votre guide d'orientation. » La voix de l'androïde était un drone monotone, dénué d'âme.

Oscar enfila ses baskets en un éclair, son visage juvénile de 17 ans illuminé par une curiosité mal contenue. Arthur, lui, n'avait pas quitté ses chaussures depuis son arrivée, deux heures plus tôt, comme si s'arrêter risquait de le faire basculer.

« D'abord, familiarisation avec vos quartiers », déclara l'androïde, pivotant vers le mur près des couchettes. « Vos cartes magnétiques déverrouillent vos espaces personnalisés. »

Arthur sortit sa carte et la passa sur un scanner invisible. Un pan de mur glissa dans un souffle pneumatique, révélant un placard impeccablement rangé : trois t-shirts blancs marqués du logo NeoThread – un fil stylisé formant un infini –, trois jeans UrbanCore aux coutures renforcées, et des baskets Velocity Prime, noires, leurs bandes pulsant en vert au rythme des néons du couloir.

« Les multinationales sponsorisent intégralement le niveau 24 », expliqua l'androïde. « En échange, exposition maximale lors des retransmissions orbitales. Chaque champion est un panneau publicitaire vivant. »

Oscar, carte en main, ouvrit son propre placard. Même contenu, mais avec des ajouts : flacons PureGlow – crème hydratante, sérum anti-fatigue, protection UV artificielle –, un kit capillaire ChromaShine, et un parfum Ascend dans un flacon angulaire. Il saisit le parfum, ses yeux verts pétillant d'amusement. « On dirait les stars d'avant la Convergence. K-pop, dramas thaïs… je vais être une idole, non ? »

L'androïde inclina la tête. « Comparaison pertinente. Les champions génèrent 47 % des revenus d'AVABase via les contrats publicitaires. Votre image est calibrée pour captiver les masses. »

Arthur fixa les vêtements, taillés exactement à sa mesure. Ils savaient que je viendrais. « Uniforme officiel », indiqua l'androïde, pointant un cintre à part. Une combinaison noire ajustée, bandes vertes réfléchissantes, col Mao rigide. La tête de lion argentée d'Alexandreï brillait sur l'épaule, précise comme une incision.

« Enfilez-les. On continue. »

Dans l'alcôve sanitaire, l'androïde désigna la douche. « Station de nettoyage. Eau enrichie en nano-capteurs pour analyse épidermique en temps réel. » Puis les toilettes. « Système de collecte biométrique. Analyse des fluides pour ajuster votre nutrition. »

Oscar fronça les sourcils, ses boucles blondes tombant sur son front. « Même nos chiottes sont des espions ? »

« Optimisation des ressources », répondit l'androïde, impassible. Il pointa une brosse. « Brossage obligatoire, matin et soir. Cheveux collectés pour analyses ADN. Détection de mutations, stress cellulaire, déséquilibres hormonaux. »

Arthur passa une main sur sa nuque, sentant les implants sous sa peau. Ils nous dissèquent atome par atome. Ses yeux bleus, durs comme l'acier, croisèrent ceux d'Oscar, pleins de vie mais voilés d'inquiétude.

L'androïde désigna un bloc métallique au mur, une empreinte de main creusée en son centre. « Régénérateur cellulaire Mark-XII. Reconstruction tissulaire accélérée. Placez votre main dans l'empreinte, pieds sur les capteurs. Un clavier tactile indique la durée prescrite par votre superviseur. »

Oscar déglutit. « C'est quoi, le piège ? »

« Sous-estimer compromet la récupération. Surestimer provoque une douleur inutile. Niveau 8 sur l'échelle standard, proportionnelle à la durée. » L'androïde tapota le mur, un écran holographique affichant : DURÉE : 00:00 - EN ATTENTE PRESCRIPTION SUPERVISEUR.

« Pendant la régénération, vos indicateurs émotionnels » – il pointa leurs poignets – « passent en mode neutre. Couleur blanche. La douleur extrême fausse les lectures. Normal et attendu. »

Oscar fixa la machine, ses yeux écarquillés. « On revit nos blessures… à l'envers ? »

« Exact. Déchirures, fractures, contusions – reconstruites en sens inverse. Le superviseur Alexandreï est réputé pour sa précision. Certains disent qu'il évalue les dommages d'un regard. »

Arthur serra les poings. Encore un outil pour nous enchaîner. Même leur guérison dépendait d'un caprice.

Un sifflement interrompit ses pensées. Une fente près de son placard s'illumina, éjectant une plaquette noire qui claqua au sol. « Votre itinéraire quotidien », expliqua l'androïde. « Missions, horaires, localisations. Mise à jour chaque matin à 5h30. »

L'écran d'Arthur s'alluma : AGENT H-24-A - JOUR 1 06:00 : Rencontre Superviseur - Bureau A-7 07:00 : Évaluation psychologique - Salle Blanche 09:00 : Test d'obéissance - Arène secondaire 12:00 : Nutrition calibrée - Réfectoire 14:00 : Séance synergie - Laboratoire Central Une plaquette identique glissa pour Oscar : AGENT O-24-A - JOUR 1 06:00 : Rencontre Superviseur - Bureau A-7 07:00 : Test de résistance - Zone contaminée 10:00 : Évaluation capacités spéciales 12:00 : Nutrition calibrée - Réfectoire 14:00 : Séance synergie - Laboratoire Central

« Rangez-les dans la poche intérieure gauche de votre uniforme. Port obligatoire. » L'androïde pivota vers la porte. « Suivez-moi. Le Superviseur Alexandreï vous attend. »

Partie 2 : Face au Dompteur

Le bureau A-7 trônait dans un angle du niveau 24, ses baies vitrées dévoilant les entrailles mécaniques d'AVABase – un labyrinthe de tuyaux et de lueurs vertes. L'androïde les abandonna devant une porte massive.

« Entrez. »

La voix, grave et râpeuse, traversa l'acier comme s'il n'existait pas. La porte coulissa.

Alexandreï se tenait dos à eux, face à un mur d'écrans de surveillance. Sa silhouette – deux mètres dix, des épaules taillées pour porter des mondes – emplissait l'espace. Lorsqu'il se retourna, Arthur, malgré ses 70 % d'augmentation, réprima un recul. Le visage du Dompteur était une carte de guerres : trois cicatrices parallèles, comme des griffes, barraient sa joue gauche. Son œil droit, un implant de combat, scintillait d'un éclat métallique. Mais c'était son regard, perçant comme une lame, qui figeait le sang. Cheveux gris acier, barbe de trois jours impeccablement taillée, il semblait avoir la cinquantaine, mais vibrait d'une puissance brute.

« H-24-A. O-24-A. Mes nouvelles recrues. » Pas un sourire, juste un grondement.

Il contourna son bureau – une dalle de métal noir, austère – et s'approcha, chaque pas un coup de marteau. Il s'arrêta devant Oscar, le dominant de toute sa hauteur. Le gamin, avec son visage d'enfant et ses boucles blondes, parut soudain minuscule.

« Quarante pour cent d'augmentation. » La voix d'Alexandreï roulait comme l'orage. « Katherine pense que tu as du potentiel. Moi, je vois un moineau dans une cage à lions. »

Oscar releva le menton, ses yeux verts défiant l'orage sans trembler. « Les moineaux volent plus vite que les lions courent. » Sa réplique, audacieuse, arracha un haussement de sourcil à Alexandreï.

Il pivota vers Arthur, ses yeux bleus d'hybride croisant l'implant du Dompteur. « Soixante-dix pour cent. Transféré pour insubordination. » Un rictus tordit ses lèvres. « Ava veut te briser. Katherine veut te sauver. Moi ? » Il se pencha, son souffle chaud frôlant le visage d'Arthur. « Je pense que tu es une grenade dégoupillée. »

Il retourna derrière son bureau, tapota un écran holographique. Leurs dossiers flottèrent dans l'air, des lignes de données dansant comme des chaînes. « J'ai passé la nuit à décortiquer vos profils. Deux anomalies dans la même chambre. Un hasard ? » Son regard transperça Oscar. « Je ne crois pas aux hasards. »

D'un geste sec, il ferma les hologrammes. « Vous serez évalués séparément. Selon vos… particularités. »

Il pointa Arthur. « Toi, bilans psychologiques poussés. Ton problème, ce n'est pas ta force, c'est ton obéissance. Ou plutôt, son absence. On verra si tu peux apprendre sans qu'on te reconditionne. »

Puis Oscar. « Toi, zone contaminée. Sans équipement. » Arthur tressaillit, mais Alexandreï l'ignora. « Si tu vaux plus que ton pourcentage, tu survivras. Sinon… » Il haussa les épaules, un geste froid comme la mort.

« Mais d'abord… » Alexandreï s'approcha d'Oscar, trop près, et renifla, un geste animal qui fit frémir Arthur. « Intéressant. Tu sens… différent. Pas l'odeur des quarante pour cent. »

Oscar resta figé, mais ses épaules se crispèrent. Arthur capta la tension, son instinct d'arme prêt à bondir.

« Vous savez pourquoi on m'appelle le Dompteur ? » Alexandreï retourna à son bureau, un sourire carnassier aux lèvres. « Je dresse les bêtes sauvages. Je les brise, je les forge en armes. Certains survivent. D'autres… »

Il sortit deux badges noirs d'un tiroir et les lança. Arthur attrapa le sien d'un geste précis. Oscar, maladroit, laissa le sien tomber et se baissa pour le ramasser, ses joues rosissant. Alexandreï ricana. « Un moineau, hein ? »

« Une dernière chose. » Sa voix se fit plus sombre. « Cette cohabitation forcée, cette… synergie qu'on vous impose… Katherine joue un jeu. Je ne sais pas encore lequel, mais je le saurai. »

Il se tourna vers les écrans. « Dégagez. Vos évaluations commencent dans trente minutes. »

À la porte, sa voix les cloua sur place. « Oh, et les garçons ? Dans mes équipes, on survit ensemble ou on crève seuls. À vous de choisir. »

La porte se referma avec un claquement d'acier.

Dans le couloir, Oscar expira bruyamment, ses boucles blondes tombant dans ses yeux. « Il sait. »

« Il soupçonne », corrigea Arthur, son ton sec mais ses yeux bleus adoucis par l'éclat d'Oscar. « C'est pas pareil, gamin. »

Ils se regardèrent, comprenant soudain le pari de Katherine. Elle ne les avait pas juste réunis. Elle les avait jetés dans l'arène, avec le Dompteur comme premier adversaire.

« On se retrouve après ? » demanda Oscar, sa voix teintée d'une vulnérabilité qui serra le cœur d'Arthur.

« Réfectoire. Midi. » Arthur hocha la tête, son armure craquant juste assez pour laisser passer un sourire.

Ils se séparèrent, chacun vers son épreuve, ignorant qu'Alexandreï, dans son bureau, observait leurs indicateurs vitaux sur ses écrans, un sourire calculateur aux lèvres. Katherine, vieille amie, qu'est-ce que tu mijotes avec ces deux-là ?

Partie 3 : L'intervention de Katherine

Katherine arpentait le bureau de commandement, ses barrettes captant les néons comme des éclats de défi. Alexandreï l'observait depuis son fauteuil, immobile, un prédateur économisant son énergie. Il m'attendait. Il savait que je viendrais.

« Je m'attendais à toi, mais pas si tôt. » Sa voix était un grondement amusé.

Katherine s'immobilisa, mâchoires serrées. Ne montre rien. Surtout pas à lui. « Épargne-moi tes sarcasmes, Alex. Où est Oscar ? »

Elle balaya le bureau des yeux, cherchant les écrans de surveillance. Des lueurs vertes dansaient sur les moniteurs, traquant chaque pouls, chaque pas.

« Zone contaminée. » Alexandreï pivota dans son fauteuil, un éclat de satisfaction dans son œil métallique.

« Avec quel équipement ? »

« Aucun. »

Katherine plaqua ses paumes sur le bureau, ses ongles s'enfonçant dans le métal. Il va le tuer. C'est ce qu'il fait – briser pour reconstruire. « T'as perdu la tête ? »

« Il a un cerveau. Ça suffira. »

« Il est humain ! » Sa voix trembla, un cri étouffé.

« Augmenté à quarante pour cent, Kath. Arrête de le couver comme un gosse. » Alexandreï se leva, sa présence écrasante emplissant la pièce. Un hybride S, taillé pour dominer.

Katherine ne recula pas, ses yeux flamboyant. Il ne sait pas ce qu'Oscar peut faire. Tant mieux. « Il n'était pas prêt pour ce niveau. »

« Ava sous-estime ses jouets. Elle ne détruira pas ses nouveaux pions – surtout pas après que tu les as réunis. » Son ton était lourd de sous-entendus.

Katherine soutint son regard, son cœur battant à tout rompre. Il soupçonne quelque chose, mais il n'a rien de concret. Parfait. « Je dois y aller. »

Alexandreï acquiesça, la raccompagnant jusqu'à la porte. Leurs pas résonnèrent dans le silence. « Tu joues un jeu dangereux, Kath. »

Elle ne répondit pas, s'éloignant dans les couloirs presque déserts, l'écho des machines pour seule compagnie. Il m'a plombé la journée… Mais un sourire furtif effleura ses lèvres. Que le jeu commence, Alex.

❖ ❖ ❖

Dans les profondeurs d'AVABase,
l'androïde guide et le Dompteur observe.
Deux garçons séparés pour mieux se retrouver,
tandis que Katherine tisse sa toile dans l'ombre.

À suivre